Ce qui suit est une analyse à partir d'éléments publiquement accessibles sur le site de CubAI, à la date de rédaction. Je ne prononce aucun jugement pénal — ce n'est pas mon rôle. Je pose des faits, je déduis, et je laisse le lecteur conclure.
Une publicité tourne : « Tous vos outils IA premium — 350 € de valeur — pour 29 € par mois. » ChatGPT, Claude, Perplexity, ElevenLabs, Leonardo, Canva, réunis dans une seule application. Un abonnement, résiliable en un clic.
Sur le papier, c'est le deal du siècle. Ce qui, en général, est le premier signal qu'il faut ouvrir le capot.
Le chiffre qui casse tout
Prenons leur propre tableau de prix. ElevenLabs y est affiché à 330 € par mois. Trois cent trente. À lui seul. Et ce même ElevenLabs, plus cinq autres outils premium, ils vous les revendent 29 €.
Faites le calcul. La marge n'est pas petite : elle est négative. Deux hypothèses, et deux seulement. Soit ils perdent de l'argent sur chaque client — ce qu'aucune entreprise ne fait volontairement. Soit le mécanisme réel est ailleurs.
Le mécanisme le plus probable
CubAI est une application de bureau qui « préserve vos sessions en permanence ». Traduction : c'est elle qui détient et gère les identifiants de connexion aux services. Pas vous.
Une application qui maintient des sessions ouvertes en continu, sans que vous ne vous authentifiiez jamais vous-même auprès d'OpenAI ou d'Anthropic, pointe très fortement vers une seule architecture possible : un petit pool de comptes, mutualisé entre des centaines d'utilisateurs. Vous ne louez pas un accès. Vous louez une place dans une file d'attente partagée.
Ce modèle contrevient aux conditions d'utilisation de tous les services concernés, qui interdisent la revente et le partage de comptes.
Le détail qui trahit — et ils l'ont écrit eux-mêmes
Le plus éloquent se trouve en bas de leur propre page :
« CubAI n'est pas affilié à OpenAI, Anthropic, Perplexity, ElevenLabs, Leonardo AI ou Canva. »
— Mentions figurant sur le site de CubAI
Lisez-le à froid. Aucune affiliation. Aucun partenariat. La question que cette phrase pose d'elle-même : à quel titre revendent-ils l'accès à des services dont ils déclarent eux-mêmes n'être affiliés à aucun ? Ils n'y répondent pas. Vous venez de le faire à leur place.
L'entité derrière
Éditeur annoncé : Growth Expansion LLC, une société domiciliée dans le Wyoming — l'État américain connu pour l'anonymat des structures, sans registre des bénéficiaires réels exploitable publiquement. Aucun responsable identifiable, aucune adresse, un support qui se résume à une adresse e-mail. Pour un service qui manipule vos identifiants de connexion et prélève votre carte en récurrent, le point mérite d'être pesé.
Le vrai produit, ce n'est pas l'application
Regardez la structure de l'offre autour du logiciel :
- prix barrés permanents, « places limitées » jamais épuisées, urgence artificielle en continu ;
- une fenêtre de sortie qui vous propose encore une réduction si vous partez ;
- un programme d'affiliation mis en avant ;
- un produit annexe — une « méthode pour rentabiliser votre abonnement » ;
- des créateurs qui recommandent le produit — sachant que le site met en avant un programme qui rémunère la promotion.
Le schéma se lit tout seul. Une partie substantielle du modèle repose sur le recrutement du client suivant, pas sur la valeur intrinsèque du logiciel.
- Vos identifiants transitent par une infrastructure tierce que vous ne contrôlez pas.
- Votre carte part en prélèvement récurrent vers une société anonyme.
- La continuité de service ne tient à rien : le jour où l'un des fournisseurs détecte et coupe le pool de comptes, votre abonnement saute avec, sans recours.
Ce que dit le droit, sans exagérer
Sur le plan civil, la rupture des conditions d'utilisation et l'usage de marques d'autrui pour commercialiser un produit sans autorisation sont difficilement contestables ; le disclaimer « non affilié » n'y change rien.
Sur le plan de la consommation, ce type de montage — laisser croire à un accès officiel ou autorisé — relève exactement de ce que la répression des fraudes surveille au titre des pratiques commerciales trompeuses. Ce n'est pas à moi de qualifier l'infraction : c'est le rôle des autorités compétentes et, le cas échéant, d'un juge. Mais le faisceau d'indices est là, et il n'est pas favorable.
La vraie économie existe — et elle est souveraine
L'envie de réduire la facture d'un stack multi-outils est parfaitement légitime. La voie propre est connue :
- abonnement direct sur ce qui vous sert vraiment au quotidien ;
- accès API à l'usage pour le reste, que vous ne payez que quand vous consommez ;
- le tout orchestré chez vous, sans intermédiaire entre vos données et vous.
C'est un peu plus de mise en place. C'est infiniment plus sain — et personne ne détient vos clés à votre place.
CubAI vous vend, en dessous de son coût réel, un accès dont il déclare lui-même n'être affilié à aucun des services concernés, via une société anonyme, en s'appuyant sur le recrutement d'affiliés. Les faits sont posés. La conclusion, vous la tirez tout seul.